Ces « gays en délire » … homophobe.

Le monde des zéro sociaux ne m’étonne plus, ne me surprend plus. Avec l’âge, certaines choses me touchent moins. Ça glisse sur moi, même si, au travers ce chapitre, j’ai besoin d’exprimer ce ras le bol de l’inculture de certains gays. Je ne suis pas une dinde qui vote pour se faire bouffer à noël. L’homophobie, je la connais, je l’ai vécu, et je la vivrai encore. Là où elle est écœurante, est lorsqu’elle est propagée par des « LGBT ». De bons gays bien comme il faut, qu’on peut soi-disant présenter à sa famille sans que ça ne gêne la digestion des cacahuètes qui accompagnent le pastis ou le verre de piquette. 

Je ne fais pas parti de ces gens-là. J’assume mes singularités. J’assume ma liberté, et je ne peux m’entendre qu’avec des personnes ayant dépassé les clivages normatifs selon lesquels un homme, ça domine, ça a une grosse voix et ça castagne à chaque coin de rue. Je ne me suis pas élevé avec les brutes, et, la spiritualité doit faire preuve de finesse, nous inviter à progresser, à être de meilleures personnes. Je serais probablement devenu un sale con si je ne m’étais pas intéressé au monde qui m’entoure, à la façon dont il s’est construit, à son histoire pour laquelle, je suis moi aussi un passeur à ma façon.

On ne répètera jamais assez que les prides sont utiles, et, que par la diversité des représentations des uns et des autres, elles symbolisent commémorativement les émeutes de Stonewall. Beaucoup préfèrent nier le fait que nos droits, à commencer par la dépénalisation de nos sexualités et leur reconnaissance, le pacs, le mariage et l’adoption ont eu pour origine la rébellion des travestis et des moustachus en cuir face à la répression policière. Ces virilistes, qui nous donnent des leçons de morale, et chient sur nos histoires communes, ne pourraient même pas prétendre à la liberté dont ils jouissent si les « hors normes » ne s’étaient pas défendus à coups de stilletos. On ne le redira jamais assez, mais, on n’abreuve malheureusement pas des ânes malgré eux. J’assume les avoir qualifiés de « personnes incultes » et c’est ce qu’elles sont.

La folle honteuse traverse les âges, et, est toujours aussi pathétique. Il m’est arrivé de baiser avec des mecs quand j’étais plus jeune qui, après avoir pris leur pied, me disaient qu’ils ne s’engageraient en rien avec moi car j’avais les cheveux trop longs, la voix trop fluette ou le corps trop filiforme… Tant mieux. Je n’aurais pas pu être heureux et épanoui avec ce genre de caricature normative. Je tire une leçon essentielle : ces mecs n’ont jamais ou presque trouvé le bonheur. Lorsqu’ils interviennent sur des forums, ça dénote un certain dégoût d’eux même. On ne peut être heureux que si l’on s’accepte tel que l’on est, et qu’on reconnait des vertus à la différence. Cette homophobie intériorisée doit être un sacré poids pour eux, au point ou finalement, seules leurs solitudes sont leurs traits d’union. A cela, on ajoute souvent le sexisme et le racisme. Ça en fait des mecs absolument charmants !

On me targue que « ça » peut choquer les enfants. Un enfant n’a aucun à priori. Au contraire, il les dépasse de façon naturelle. C’est lorsqu’on les fait grandir dans un milieu de rejet de l’autre, avec une discipline de fer, qu’on en fait des abrutis de première classe. Je n’ai pas envie de perdre mon temps avec ces gens-là. J’aimerais croire que le milieu éducatif peut rattraper les infâmies perpétrées par certaines familles ou individus coincés à une époque révolue. J’aimerais croire qu’on puisse agir sur les futurs citoyens, mais parfois, face à un tel niveau de stupidité, je préfère largement m’éloigner pour ma santé mentale. Je ne suis pas masochiste.

Je suis « Pédé », « tafiole » et j’en passe. J’ai appris à m’approprier le stigmate, à le déconstruire. Je ne suis pas prêt à revenir dans des cases trop exiguës. Je continuerai donc à faire la conne en robe du soir, à être une personne libre, à rêver d’un monde plus beau. Je suis condescendant avec ce genre de personnes, mais, des gens qui ne se/nous respectent pas, qui ne s’/nous aiment pas, ne peuvent rien apporter de positif à notre société, à nos futurs. Qu’ils restent chez eux à vomir sur les prides. Ils sont minoritaires. Ils ne sont rien. Qu’ils restent derrière leurs claviers, et qu’ils en crèvent ! On ne retiendra d’eux que l’odeur pestilentielle de leurs cadavres et de leurs propos sur Facebook et autre lieux virtuels. Moi, je retourne à l’amour, à la joie de vivre, à toutes les couleurs de nos vies et de nos arcs en ciel.

Des vidéos à la scène ?

Je n’ai pas pris le temps de vous remercier, et, chaque fois que vous visionnez mes vidéos, ça me met du baume au cœur. En ce moment, la période est difficile. On a toutes et tous besoin de fun, de nous divertir, de rire. C’est aussi mon cas. La situation me pèse. Alors, ma façon d’exulter est de me transformer une à deux fois par semaine, le temps d’un live avec vous. J’ai conscience que mes vidéos sont burlesques, faites de brique et de broc. Elles n’attendront jamais la qualité du travail des amis et copains transformistes que je suis depuis un long moment déjà. J’espère qu’après cette période pénible, vous irez les encourager dans leurs spectacles et créations. Derrière chaque show, il y a du travail. Il y a très longtemps, avant que je ne commence à découvrir le monde du cabaret, je pensais de façon trop simpliste que ça n’apportait rien de neuf, que c’était du copié-collé, qu’il n’y avait pas de processus créatif. Je suis content d’avoir changé d’avis et de découvrir la richesse du talent des transformistes. Le maquillage, les costumes, la maitrise du playback ou des chorégraphies et bien des éléments que j’oublie. L’investissement, en temps, en concentration, en répétitions… Puis, même si on croise beaucoup de Dalida, chacune a sa singularité, sa signature.

Vais-je continuer après le confinement à me mettre en scène dans des vidéos ? La réponse est non. Cependant, plus les semaines passent et plus ce « non » devient un « peut-être ». J’aime beaucoup vos retours, vos commentaires et vos likes. En cinq semaines, j’en serais presque devenu accro. Il y a quelques temps, mon mari me poussait à remonter sur scène. Votre engouement va dans son sens. Alors, je suis perplexe.

J’ai toujours aimé la scène. Plutôt réservé dans la vie réelle, le théâtre a été pour moi un exutoire. Sur scène, dans les costumes d’autres, on peut tout dire, tout faire. On se libère. On donne vie, on fait vivre, on vit, on ressent. L’interaction avec le public, les rires, les applaudissements. Tous ces éléments font qu’on se sent bien. Je ne suis pas quelqu’un de très drôle. Je ne suis pas un bout en train. Mais j’aime m’amuser.

Au travers mes vidéos, je remarque avec un peu de recul, et, même si ce n’est pas flagrant, qu’un fil conducteur se dessine en filigranes. Il s’agit à chaque fois d’un personnage réagissant à sa manière, plutôt comique au confinement. J’ai déjà une idée des prochaines vidéos, et, pour l’instant, je n’en dirai pas plus. Même mon mari, qui fait office de cadreur, ne le sait presque qu’à la dernière minute. Si je devais monter à nouveau sur scène, j’ai conscience qu’il faudrait répéter davantage, pour maitriser mieux ce que j’ai à proposer car il ne suffit pas de faire la conne en mini-jupe pour monter un spectacle. 

J’ai des lacunes en maquillage, et, pour l’instant, ça donne plutôt l’impression d’une peinture à la truelle. Ce que je sais, vient uniquement de mes femmes cisgenres qui font ma vie. Ce n’est pas du make-up de scène. Je devrais donc prendre quelques cours. Pareil pour la danse… A l’époque de « Mauvais-Genre », nous n’avions pas besoin de tout cela. Nous chantions sur mes textes plutôt féministes et politiques sur une musique que Màtyàs composait. Nous étions deux filles libres et assumées. Nous n’avions pas besoin d’en faire trop, tout résidait dans le nom de notre duo : « Mauvais-Genre ».

Après, il y a eu les « Von Meek Hauze ». On a vécu de chouettes moments de rire, et nos reprises de chansons décalées me faisait sourire. Mais, j’ai préféré quitter la troupe au bout d’un an. Pour deux raisons. Le personnage de Monika Von Meek Hauze était trop proche dans le style vestimentaire de Lolita de « Mauvais Genre ». Souvent, les gens confondaient les deux personnages, ce qui me mettait mal à l’aise. J’aurais pu m’adapter à ça avec le temps et laisser aux gens le temps de comprendre que la démarche était différente. L’aventure n’a duré qu’un an, mais ce qui m’a réellement poussé à passer à autre chose sont les fameuses scènes ouvertes où on ne te respecte pas. Je ne parle pas ici du public qui se déplaçait et était reconnaissant, mais plutôt de ces trop nombreux bars ou restaurants qui utilisent les artistes comme du matériel gratuit pour renflouer leurs caisses. Si je devais à nouveau participer à des scènes ouvertes, ce serait au minimum dans des conditions acceptables. Il est hors de question de ne pas avoir au minimum des consommations gratuites et un encas, surtout quand on est sur le lieu de 18h à minuit. On nous a trop fait le coup d’amuser la galerie pour que dalle. Oui, il faut des scènes ouvertes pour pouvoir émerger, mais un minimum est nécessaire. Ce doit être donnant donnant.

Alors voilà. Je suis perplexe. J’ai besoin de vos retours sachant que de toute façon, je n’ai pas envie de devenir « professionnel » au sens de faire carrière. Cependant, j’ai envie de m’offrir des loisirs de qualité et de partager. . 

« Pardonne-moi si tu peux »

Peut-on pardonner ? Peut-on tout pardonner et à qui ? Le titre de ce roman m’a interpellé et c’est la raison pour laquelle il s’est retrouvé dans ma liste de lecture. Le harcèlement moral en milieu scolaire ne m’est pas étranger, et, si pour ma part, cette période est loin derrière moi, la curiosité et le recul m’ont permis de me plonger dans ce livre dont voici le texte de présentation par l’Auteur :

« Kurtis est un jeune homme qui n’a malheureusement pas su réaliser ses rêves d’adolescence. Victime de harcèlement quand il était au collège, jeté hors de chez lui à cause de son homosexualité à la fin du lycée, devenu caissier malgré ses études supérieures, il se sent seul et mal dans sa peau. Lorsqu’à l’approche des fêtes de fin d’année sa meilleure amie l’oblige à faire du shopping pour ces fêtes qu’il déteste, il tombe sur Loïc, un ancien harceleur. Lorsque la magie de Noël se mêle aux souvenirs douloureux, le passé sera-t-il un frein à l’amour? «»

L’histoire est jolie et se laisse lire assez rapidement. On assiste plus à la naissance d’une histoire d’amour, de façon très pudique et à des réconciliations familiales qu’à ce qui m’avait interpellé dans le pitch. De ce fait, concernant le sujet, il m’a manqué quelque chose. Quel harcèlement Kurtis a-t’il subit ? Que lui a fait vivre Loïc à l’école ? Tout ceci est à mon sens traité avec trop de légèreté. J’aurais aimé lors des retrouvailles des deux protagonistes un échange plus profond et qu’ils posent des mots sur des maux. Le récit aurait davantage gagné en cohérence et c’est dommage. L’auteur passe à côté de son sujet et j’aurais aimé des passages plus crus, car l’attraction répulsion aurait pu être traitée en faisant un retour en arrière sur leur jeunesse commune. Kurtis parle de traumatismes subis mais ne les évoque pas. Pourtant, entre Loïc et lui, le syndrome de Stockholm ou la repentance pourraient davantage être présents jusqu’à leur romance. Toutefois, c’est une jolie histoire d’amour qui prête à sourire et occupe un après midi. L’histoire aboutit au pardon que l’on attend sans trop de suspens et fait naitre l’espoir. Le livre se lit facilement malgré les trop nombreuses fautes d’accord de participe passé qui ponctuent régulièrement le récit. 

Si vous aimez ce type de conte, c’est par ici :

Meurtres autour du Passé

Ma dernière lecture est le premier roman de Ludovic Swerts aux éditions Panthéon. Il s’agit d’un polar, et, même si je ne suis pas adepte du genre, je me suis laissé tenter car au-delà du coté purement policier, il est question d’une histoire d’amour entre hommes entre deux inspecteurs, or, le monde des uniformes n’est pas encore ce qu’il y a de plus gay friendly (même si la Police fait des efforts). 

Voici le quatrième de couverture :

« Une semaine passa. Un mois d’octobre particulièrement ensoleillé laissa place à un mois de novembre plutôt maussade. L’enquête n’avançait pas, elle avait plutôt tendance à stagner, le peu de piste s’envolant au fur et à mesure des jours. Pourtant, je savais que c’était l’unique chance de me refaire une réputation dans le milieu. »

Plongé dans une enquête macabre, directement liée à son passé, l’inspecteur Lucas Telou tente de garder la tête froide. Sous la menace d’un chef acariâtre, il lui faut résoudre coûte que coûte cette affaire pour pouvoir conserver son poste.
Pour l’aider, Cyril, le séduisant médecin légiste dont le charme ne le laisse pas insensible…

Mon avis :

Je dois reconnaitre que l’énigme est plutôt bien ficelée. Les victimes, comme les personnages secondaires cachent un certain nombre de secrets. On ne découvre vraiment qu’à la fin le coupable des meurtres, et, le mobile du crime est d’autant plus surprenant que ce n’est pas du tout une direction à laquelle je m’attendais. Tout tourne autour de Lucas Telou, notre inspecteur de Police. Tantôt touchant, Tantôt naïf ; il est attachant. On a parfois envie de le prendre par la main et le pousser à poser des questions à son entourage, en particulier à Cyril, son coéquipier, qui est aussi sa grande déception amoureuse de jeunesse. Le couple se reforme et vit des aventures passionnées, et, c’est ce qui rend ce livre plus agréable qu’une simple enquête policière. Le récit y gagne d’ailleurs en qualité quand cette liaison devient omniprésente. On se réjouit, tout comme on se méfie. Une bonne lecture d’après-midi en cette période de confinement qui vous permettra de découvrir la Belgique de Liège à Tournai, et bien d’autres endroits.

Pour commander le livre : C’est https://livre.fnac.com/a14220138/Ludovic-Swerts-Meurtres-autour-du-passe#omnsearchpos=2

Recherche Autrices, Auteurs pour Salon LGBT et évènements à Lille

Responsable du Pôle littérature dans le cadre de la prochaine Edition du Salon LGBT de Lille qui se tiendra les 13 et 14 février 2021, organisé par l’association Fierté Lille Pride, je suis à la recherche d’Autrices et d’Auteurs, mais aussi d’Éditeurs, afin de les inviter à participer à cet évènement bisannuel. Ce salon, lors de la précédente édition de 2019 a accueilli près de trois mille participants sur les deux jours. 

Nous recherchons tous types de créations littéraires (Romans, nouvelles, bandes dessinées, contes…) et nous souhaitons une véritable diversité représentant nos communautés (lesbiennes, bi, gay, Trans, féministes, queers et intersexes).

Par ailleurs, dans le cadre de la festival culturel LGBT qui se tiendra du 17 au 24 septembre, je suis à la recherche d’Autrices et d’Auteurs dont le travail d’écriture tourne autour des questions LGBT à l’attention du jeune public.

N’hésitez pas à me contacter pour de plus amples informations.

Bonne journée,

Frédéric

Contact : frederic.adam.foucault@gmail.com

https://www.lillepride.fr

Distraire, s’occuper, rire

Pour tuer le temps, me divertir, je me plonge dans la malle à déguisements. Enfin ce qu’il en reste, car avec le poids pris ces dernières années, je me suis débarrassé de pas mal de choses avant le déménagement. J’ai plaisir à retrouver tout ça. Les déguisements viennent de ma lointaine période de cabaret ou lorsque j’étais Animateur. Imaginer, voyager, se donner du fun. Voilà une idée alléchante. Quand m’en prend l’envie, j’assemble perruques et accessoires. C’est assez improbable. J’improvise sur une musique de mon choix, et des personnages burlesques prennent vie le temps d’un live. Je ne me suis jamais trouvé drôle, et, pour me faire rire, il en faut beaucoup en temps normal. Là, il m’en faut peu. Je suis surpris du nombre de smileys s’esclaffant de rire sous mes vidéos et de commentaires. Visiblement, ça fait du bien aux gens. Tant mieux s’ils s’amusent avec moi. Je ne sais pas encore si je recommencerais. Je le fais pour l’instant car je prends plaisir à le faire. Je n’ai pas vocation à remonter sur scène. C’est énormément de travail, de répétition. Mes gestes imprécis amusent, car ils sont spontanés, mais je doute être capable de remonter sur scène comme à l’époque de « Mauvais-Genre » ou des « Von Meek-Hauze ».

Rire, parce qu’on a besoin de légèreté. J’en ai marre de voir passer des théories du complot, des articles de presse alarmistes, mais pire encore, les publications opposant une partie de la population à l’autre. Dernière en date, par exemple, celle où l’on prétend que les chômeurs vont percevoir 100% de leurs salaires alors que les petits artisans et commerçants non essentiels ne toucheront rien… Déjà, le chômage n’est pas un plan de carrière, ensuite, l’allocation perçue n’est pas une rente. Oui, il est inadmissible que les petits artisans et autres ne puissent pas toucher l’assurance chômage, et, sur le fond, je trouve ça dégueulasse. Ça doit être changé dès que possible, parce que tout travail doit pouvoir ouvrir droit à une indemnisation en cas de rupture d’activité. Mais, ce n’est vraiment pas le moment de faire passer les précaires pour des profiteurs.

Fermons cette parenthèse. On veut du fun et on doit s’en donner. Je prends donc tout ce qui prête à sourire comme une nourriture spirituelle afin de ne pas tomber dans la neurasthénie. On veut sourire, car on veut vivre, alors, amusons nous comme nous le pouvons !

J’aime aussi beaucoup suivre les actualités du groupe collaboratif « Helmut et Gilbert » ou chacun dépose une photo de customisation des toilettes. On se créée de nouveaux amis imaginaires et éphémères. Ma petite contribution du jour est « Bozo le clown ». Rien de très original, mais, quand je vois ce que d’autres sont capables de faire avec des rouleaux de PQ et en utilisant toutes sortes d’objets ou de vêtements, je ne peux être qu’admiratif.

https://www.dailymotion.com/video/x5ttdc

De l’agoraphobie aux nouveaux échanges

Mon agoraphobie a disparu, elle me manque presque, tant tout ceci est surréaliste. A Paris, j’ai fini par détester la foule, à me sentir oppressé lorsque nous étions compactés. Pourtant, j’ai longtemps adoré la marée humaine. Elle me donnait l’impression d’exister, de faire partie de grandes communautés mouvantes, vibrantes. C’est arrivé au fil du temps. En boite, je préférais danser sur les podiums, non pas pour jouer les dindes prétentieuses, mais pour pouvoir respirer, ne pas me sentir écrasé. J’ai le métro en horreur. Même ici à Lille. Trop de gens dans mon périmètre. Le cœur se met à palpiter. Les autres ne nous voient pas. Ils nous écrasent. On les gène dans leur espace vital, mais à aucun moment ils n’imaginent partager le même ressenti. J’ai fini par sortir moins. Savourer le son du silence chez nous. Cette jungle humaine. Sans façon. Ras le bol de jouer des coudes, de la loi du talion. 

Puis, tout a changé. Depuis qu’on reste chez nous. Juste nous deux et les chats. Pas grand-chose à se raconter. Les échanges ? Trop virtuels. Facebook, Instagram, ok. Mais à un moment, ce n’est plus suffisant. Une chose me surprend agréablement, on échange davantage avec des gens méconnus de nos réseaux. Ils me distraient. Je n’aurais pas cru ça d’eux. D’autres m’oppressent. Je ne devrais pas lire certaines choses, et, c’est la raison pour laquelle je me suis emporté plus que de raison jeudi soir dans mon billet précédent. Ce n’est pas le moment de nous rajouter du stress, la situation l’est assez comme ça. On ne va pas se laisser sombrer dans la folie. On ne le doit pas. Enfin, il y a ces moments plus légers. On n’a jamais autant pris l’apéro collectivement chacun de son côté. On trique par photos, c’en est presque drôle. Après tout ça, on sera probablement tous devenus accro au verre du soir !

Hier, le passage au supermarché au bout de la rue était un moment surréaliste. D’habitude, je déteste faire les courses. C’était mon tour. On alterne un jour sur deux. Dans les rayons, il y avait ceux qui respectaient les distances de sécurité, et ceux qui n’en avaient strictement rien à foutre. J’ai fait de mon mieux. Les caissières étaient cachées derrière une paroi de plexiglass, gantée. L’angoisse était palpable dans leurs yeux. Je suis rentré, mon cabas sous le bras en ayant juste prononcé les mots « Bonjour », « Bonne journée » et « Bon courage ». J’aurais aimé une escapade plus fun. Ça reviendra.

On a depuis jeudi un nouveau rendez-vous quotidien. A 20 heures, on applaudit à la fenêtre. Coté rue, là où il n’y a que des maisons identiques ou presque à la nôtre, il n’y a personne. Mais côté jardin on voit les gens aux fenêtres des immeubles de la rue perpendiculaire à la nôtre. Ça grouille, ça sent la vie. On salue du bras. Il est bon de sentir la vie. Peu importe nos cellules, on devient tous claustrophobes à un moment ou un autre. Cette nervosité commune, on la ressent partout. Lâcher prise au moins cinq minutes. A ce moment précis de la journée, je me sens vivant. Ça fait du bien. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le fond du message. Mes applaudissements ne sont pas uniquement destinés aux personnels médicaux. Ils se dirigent aussi vers toutes les petites mains contraintes à travailler, pour des salaires merdiques, et qui sont exposées au risque de virus. Difficile de recenser toutes ces professions. Leur courage (forcé) est formidable. 

Puis il y a le téléphone. Je déteste aussi cet objet. Je ne m’en sers que lorsque c’est nécessaire. Là, je suis content de l’entendre sonner ou de composer des numéros. Surprenant toujours, d’avoir des nouvelles de gens avec lesquels on ne communique jamais. C’est bon ! Entendre, discuter, c’est bien. Se voir est encore mieux. Hier soir, premier appel en Visio conférence entre amis. Mon cerveau bipolaire a été rebooté. Des ondes positives ont parcouru mon corps. J’ai vraiment apprécié ce moment. Il m’en faudra d’autres, il nous en faudra d’autres et quotidiennement, pour ne pas devenir fous. 

Ainsi, et probablement comme beaucoup, je suis passé de l’agoraphobie à la claustrophobie.

« Nuit mauve » en confinement

Troisième jour de confinement. La situation est surréaliste. J’ai beau avoir une jolie cage, j’ai du mal à me faire à cette idée d’enfermement. La nuit a été difficile. Hier soir, j’ai lu tard. « Nuit Mauve » de Sébastien Monod. Besoin de fuir les écrans. En journée, ça va. On échange avec les copains des conneries sur nos pages ou dans nos groupes, on dédramatise comme on peut. On ne parvient pas vraiment à échapper à l’anxiogène. Impossible de trier les informations graves, les intox et le fun. En fin de journée, c’est beaucoup. Beaucoup trop. On allume la télé pour varier les plaisirs. Passé un moment, ça oppresse aussi. Bizarre. Il y a quelques jours, ce moment télévisuel assurait la transition entre la journée et la soirée. Là, mon moral est matraqué par les ondes négatives.

Fuir dans l’imaginaire. Lire. Un bel exutoire. Sébastien Monod m’a permis de m’évader pendant un peu plus de trois heures au travers son livre court. Vu la date sur la dédicace, j’ai probablement dû acheter ce livre lors du salon LGBT de Lille en février 2019, pile un mois avant que nous n’emménagions ici. C’était un étrange week-end. J’étais à fleur de peau. Je suis toujours à fleurs de peau. Mais ceci est une autre histoire.

« Pour Fred et Eric, 

Des situations qui ne manquent pas de piquant, des personnages « croustillants », Nuit Mauve est un roman à « déguster » sans modération, et de préférence à la nuit tombée. Vous comprendrez pourquoi en cours de lecture, lecture que je vous souhaite agréable.

Sébastien Monod »

Tout commence donc par cette dédicace. En cette période où le silence règne, l’écriture de Sébastien Monod m’a interpellé et c’est ainsi que j’ai opté pour cette lecture. Celle-ci fût rapide. En quelques heures, ce petit livre distrayant remplit sa mission. Un peu à la façon d’Agathie Christie, ce huis clos, hors du temps tient sa promesse concernant les personnages. Ceux-ci se succèdent rapidement lors des premiers chapitres, et l’on a parfois du mal à les distinguer, mais au fil des pages et de l’intrigue, leur compréhension devient plus limpide. Tout se déroule dans un étrange « château du XIXème siècle », aux abords d’Étretat. Plusieurs mondes se côtoient, cohabitent, coexistent le temps d’un week-end gagné au travers un jeu. Le personnel de maison, la grande bourgeoisie, l’aristocratie désabusée et un « connard »… Le cliché est amusant. Plus tard, lorsqu’un des personnage meurt, l’arrivée des inspecteurs Celzer et Dulac va nous pousser avec eux à nous interroger sur le mobile d’un éventuel crime. L’auteur déshabille chaque protagoniste avec beaucoup de pudeur. Les éventuels liens amoureux ou sexuels peuvent surprendre et nous déstabiliser. La mise en scène du huis clos fait sourire par sa dimension quasi-comique, notament par certaines tournures stylistiques telles que « Il avait pris du poids à l’adolescence… et ne l’avait jamais rendu. » ou encore « Oh, c’est façon de parler, Commissaire ! Vous êtes toujours comme ça, à sortir les ovaires du nez ? ». Le dénouement surprend davantage ; quant à la fin, l’Auteur laisse le soin au lecteur d’en choisir la chute. Ce polar est donc pour moi un bon passe-temps. La dédicace de Sébastien Monod tient donc ses promesses.

Après cela, il était bien tard. J’ai fermé les yeux. Je pensais m’endormir. Impossible. Je me suis tourné et retourné dans mon lit. Rien à voir avec ma lecture. Un sentiment d’oppression m’a envahi dans la poitrine, comme lorsque j’étais sujet à de violentes crises d’angoisse. Cette impression m’était insupportable. Mon corps se recroquevillait dans tous les sens, ne trouvait aucune position confortable. Un poids m’écrasait les articulations au niveau de la nuque, des coudes, des poignets, des genoux et des chevilles. Des mains partout sur mon corps allaient me briser. Non, je ne pouvais pas rester comme ça. Je me suis levé. J’ai jeté un œil aux réseaux sociaux. Du vu et revu. Une infusion « Nuit tranquille ». Une cigarette. J’ai téléchargé un nouveau jeu sur ma tablette et j’ai joué jusqu’à 4 heures du matin. Je me suis recouché. Mille et une choses m’ont traversé l’esprit. Pas envie de détailler. Des inquiétudes, encore et encore. Oppressé, toujours et encore. J’ai fini par trouver le sommeil. Un repos de médiocre qualité.

Ce matin, en consultant Facebook, j’ai lu un témoignage proche du miens. J’ai commenté, posé des mots sur cette publication. Je ne suis pas seul à me sentir déboussolé, à m’interroger sur ce présent surréaliste, sur ce qu’on fera après, et ce sur quoi je dois me recadrer. Personne ne sait réellement pour combien de temps nous aurons à vivre en cage. On apprend. On s’adapte. On verra bien.

Pour vous procurer « Nuit Mauve », suivez le lien :

https://livre.fnac.com/a12608429/Sebastien-Monod-Nuit-mauve

Un café en terrasse

Ce matin, j’ai décidé de réinstaller le coin café sur la terrasse, et le salon de jardin dans la cour. Il ne fait pas encore très chaud, mais il fait beau aujourd’hui. On a tous besoin d’espace. 

On a bien fait de quitter Paris. 

Les réseaux sociaux vont probablement commencer à être anxiogènes. J’ai beau essayer de dédramatiser la situation, afin de sourire de ce moment exceptionnel, dans un certain temps, il y aura toujours quelqu’un pour cracher sa méchanceté gratuitement, et, je n’ai pas envie d’en faire les frais. Les gens peuvent parfois être cons ; je peux l’être aussi. Ça ne va pas être facile d’être mis en cages. Ça ne le sera pour personne. Prendre l’air. Prenons l’air comme nous le pouvons.

Il fait beau, mais il fait frais. Avec un manteau, je vais pouvoir profiter du soleil. Peut-être pourra t’on profiter des transats avec quelques livres ? Pourquoi pas. Si ça peut nous donner l’illusion de vivre presque normalement, en attendant…

Un café en terrasse. Bien longtemps que j’ai perdu cette habitude. Bien avant d’être en couple, j’appréciais ce loisir matinal. Commencer la journée par sentir l’air caresser mes joues. Contempler un peu naïvement ma liberté. Un café en terrasse. Superficiel tout comme essentiel. Elles nous avaient manqué ces terrasses après les attentats. Elles me manqueront aussi le vendredi soir. Même si j’aime être casanier, j’ai besoin de sortir, de voir du monde, de prendre l’air… Sur ma terrasse, il n’y aura pas les copains, mais j’aurais moins l’impression de vivre en cage. Téléphoner depuis la terrasse, passer des appels en visio, histoire de nous sentir un peu moins isolés. Voilà une idée qui me plait, même si c’est étrange le cyber-apéro.

On devrait tous avoir au moins un balcon pour regarder l’horizon. Sortir un peu, prendre l’air. Certes, on peut marcher, mais si on s’arrête, on peut être tenté de se regrouper ? Cette époque est étrange. On doit faire avec. S’adapter. Ne pas se laisser miner. 

Etrange ?

On vit une époque très étrange. Plus les années passent, plus ce monde me semble bizarre. Attentats, répression policière, restriction des libertés individuelles, virus mondial, montée des partis racistes et nationalistes aux différentes élections, paroles décomplexées dans les médias et sur les réseaux sociaux. De quoi se dire que tout est merveilleux.

Je n’ai pas eu l’occasion d’aller en ville ou dans les magasins. Ma vie me préserve pour l’instant de tout ça. Je ne me représente pas ce qui se passe. Il se trame quelque chose digne des grands scenarii de science-fiction. Mes seules connections avec cette nouvelle réalité sont les échanges virtuels et les informations.

Je n’ai pas besoin de céder à la panique. Je ne comprends pas pourquoi les gens se jettent sur les pâtes, le riz et le PQ. Oui, il faut prendre des précautions, mais est-ce bien raisonnable d’agir comme si la fin du monde était en marche ? 

Aucune affirmation. Wait and see.

J’ai écouté la très longue allocution de notre Président de la République. Même s’il a été digne, il m’a semblé mener campagne pour les élections municipales de demain. Se sert-il de cette crise pour redorer son blason ? Je n’en sais rien. Probable après tout, les politiciens ne cessent jamais de faire de la politique.

Dans son discours, et, ce qui m’a surpris est qu’il découvre la nécessité de l’État providence, d’un système de santé fort pour la santé publique, de la nécessité du travail des fonctionnaires. Ce Monsieur et ses prédécesseurs pourtant n’ont jamais cessé de détricoter, de détruire notre modèle de société basé sur l’entraide. Aura-t-il fallu une crise d’ampleur pour enfin leur faire ouvrir les yeux ? Seul l’avenir nous le dira.

Pour l’instant, je ne sais pas. Je crois que personne ne sait. 

On ne peut que supposer des choses atroces sur le plan social et économique. Il y aura des conséquences à cette époque. Que sera l’avenir ? Wait and see dans ce monde insensé.